Premières rencontres nationales du vélo

Lièvre ou Tortue a assisté hier aux Premières Rencontres Nationales du vélo organisées à Paris. Thierry Mariani, Ministre chargé des Transports a présenté, à cette occasion, les principales mesures du premier Plan national Vélo visant à encourager les Français à utiliser le vélo comme moyen de déplacement quotidien mais aussi comme activité sportive, touristique et/ou de loisir.

La majorité des déplacements français font moins de 3km, pourtant, seulement 3% d’entre nous pratiquent le vélo. Face à ce constat sans appel, Philippe Goujon, député-maire du 15ème arrondissement  de Paris et président du groupe de travail chargé de présenter à l’Etat des propositions concrètes pour développer l’usage du vélo, a commencé son discours par cette phrase :  » les français devraient être des danois ». Mais en attendant que 36% des français pédalent eux aussi tous les jours, des mesures doivent être mises en place et c’est sur cela précisément qu’a planché depuis juillet ce groupe de travail composé de représentants du monde du vélo locaux et nationaux et des associations d’usagers et de collectivité. Trois axes principaux ont été exploité : tout d’abord le vélo comme enjeu social, puis comme enjeu économique et touristique et enfin le vélo comme enjeu d’aménagement urbain et de mobilité.

Le vélo : un enjeu social

Tout d’abord, le vélo est certifié bon pour la santé, puisqu’il nous incite à faire de l’exercice physique. Une étude taïwanaise remarque que l’on peut gagner 2 ans d’espérance et de confort de vie dès le premier quart d’heure de vélo . On remarque également qu’un report modal (passer de la voiture au vélo par exemple) nous permettrait d’économiser 1010€ pour un risque minime de 100€.  La Fédération des cyclistes européens constate également que si chaque Européen pédalait 2,6km par jour, le vélo permettrait de réduire de 15 % les émissions de CO2 dans les transports. Le vélo est bon pour nous et on le sait, mais pourtant il reste très peu utilisé pour la mobilité quotidienne , notamment dans les déplacements domicile-travail.

Sur la question de la sécurité, le nombre de tués à vélo est en baisse et ne concerne qu’un faible pourcentage des usagers.  Le Délégué interministériel à la Sécurité Routière (DISR) indique qu’il est important que les cyclistes se rendent plus visibles sur la route et portent plus souvent le casque afin d’améliorer leur sécurité. Mais il s’agit également d’habituer les automobilistes à la présence de ces  deux-roues sur la route : il faut réapprendre à partager la route. Pour cela, on constate un problème important de pédagogie et de communication. Un progrès a pourtant été réalisé en intégrant au code de la route, le code de la rue qui prend désormais en compte les zones 30, le double-sens cyclable, le « tourne à droite » cyclable… etc.

Par ailleurs, rouler à vélo est un enjeu économique non négligeable dans le budget des familles, mais la majorité d’entre elles n’ont encore aucune conscience de leur budget global accordé aux déplacements. Pourtant, l’économie moyenne peut aller jusqu’à 50€ si on ne supprime pas de véhicule motorisé, et jusqu’à 300€/mois si l’on en supprime un. Le vélo augmente le pouvoir d’achat et rend surtout la mobilité accessible à tous.

On constate cependant que dans une ville comme Strasbourg, une des villes les plus cyclables de France, 50% des trajets de moins de 2 km se font encore en voiture. Le Président du Club des Villes et Territoires cyclables précise qu’ « avoir raison ne suffit pas, le vélo ne gagnera pas tout seul ». D’où la vraie nécessité de proposer ce plan national vélo afin de cadrer les collectivités et donner les moyens financiers nécessaires pour le réaliser. Il ajoute que l’accroissement du nombre de vélos ne pourra se faire qu’au détriment de la voiture, l’espace n’étant pas infini, mais c’est un choix politique à faire.

L’exemple Belge est cité, notamment à propos de la loi sur l’indemnité kilométrique offrant une prime de 21cts/km parcourus du domicile au travail et qui pourrait faire partie d’une des mesures phares concernant nos plans de déplacements entreprises. Selon Lieve Vermoere, représentante du Ministère fédéral belge des Transports, la marge de progression pour la France est grande, en particulier dans trois domaines dans lesquels il lui faut diffuser des chiffres assez fiables pour convaincre :

- la communication :  il faut davantage informer les usagers au partage de la route

- les infrastructures sécurisées : cela coûte cher mais crée aussi de l’emploi. Cela inciterait aussi à la diminution de la vitesse des voitures et des engins motorisés et permettrait d’augmenter, dès lors,  le sentiment de sécurité, élément primordial pour le cycliste.

 

Le vélo: un enjeu économique et touristique

On vend plus de vélos en France qu’on ne vend de voitures neuves. En effet 3 200 000 vélos sont vendus par an. 30% d’entre eux sont utilisés pour des déplacements, et 10 % pour les loisirs et la compétition. On constate cependant que le nombre de vélos n’a pas augmenté ces dix dernières années, mais que la répartition et le prix ont augmenté car la qualité a, elle aussi, augmenté. L’industrie française du vélo s’est pourtant transférée ces derniers temps vers l’Asie. Ce phénomène n’est pas irréversible pour autant si l’on continue à innover. Pour cela, il faut continuer à produire. Le vélo électrique, par exemple, est une innovation certaine et ouvre le vélo à un plus large public.

Le vélo est également un enjeu touristique. Le vélo tourisme est une particularité qui date en France et qui entraîne une vraie économie. L’engouement s’est propagé avec ce que l’on peut appeler la « vague verte touristique », liée aux nouvelles pratiques urbaines. Ainsi, 8 millions de forfaits/an sont vendus dans le monde dont la moitié en France. Le président de France Vélo Tourisme (FVT) désigne ses 5 missions et enjeux principaux :

- la promotion et la communication autour du vélo tourisme

- la connaissance et l’évaluation des marchés

- la création de référentiels communs pour les véloroutes et les itinéraires, ce qui permettait à tous les lieux d’hébergement et de restauration de mieux accueillir les touristes à vélo.

- la coordination des grands itinéraires interrégionaux : 3 itinéraires vont être inaugurés cette année : Roscoff-Biarritz + Londres-Paris + Paris-Saint-Michel

- la création d’une signalisation et d’une numération des routes liées à la destination France

Le vélo toursime est une vraie attente sociale car il incarne certaines valeurs : l’authenticité, le ressourcement, la liberté, le bien-être et  le respect de la nature. Il apporte dans le plaisir du voyage le bonheur de la découverte et du partage. Dominique Lamouller, président de la Fédération française de cyclotourisme, souligne en effet que l’ « on peut tout faire à vélo« .

Par ailleurs, 1€ d’investissement initial dans une offre de tourisme à vélo (aménagement d’itinéraires en vélo, routes et voies vertes, création de services et actions de promotion …)  se traduit par au moins 1€ de chiffre d’affaires annuel pour l’économie locale. De plus, le niveau des dépenses des touristes à vélo est plus élevé que celui de la moyenne des touristes : 75€/personne/jour pour les itinérants, 61€ pour les touristes en séjour, contre 54€ pour l’ensemble des touristes. Et, enfin, la pratique du vélo allonge la durée de la saison touristique. Les itinéraires sont fréquentés environ huit mois par an.

 

Le vélo : un enjeu d’aménagement urbain et de mobilité :

Longtemps, nos villes n’ont pas été « pro-vélo ». Depuis, de nombreuses initiatives ont été menées pour redonner sa place au vélo via des appels aux projets. C’est le cas notamment des éco-quartiers et des éco-cités, par exemple, où la question de la circulation douce est un facteur déterminant.

L’urbanisation est irréversible, mais le vélo y a un rôle important : il permet de reconnecter les quartiers avec les services urbains. C’est pourquoi, il est nécessaire d’améliorer l’intermodalité, et donc d’inciter davantage et rendre plus accessible l’utilisation combinée de différents modes de transport. Strasbourg est en cela un bon exemple puisque la ville a fait de sa gare une interface déterminante entre les différents modes de transport, que l’on prenne le train ou non. Ainsi, les meilleures places de parking pour les voitures ont été remplacées par des parkings vélo, créant quelques 1 400 places sécurisées et à l’abri. Pour le groupe de travail, un constat semble certain : la pratique du vélo s’étendra s’il est possible de le garer partout.

Fabienne Keller, anciennement maire de Strasbourg et désormais sénatrice du Bas-Rhin précise qu’il faut par ailleurs établir une hiérarchie dans l’aménagement urbain et qu’il est aujourd’hui primordial d’améliorer le traitement des personnes à mobilité réduite.

La présidente de la Fédération française des Usagers de la Bicyclette (FUB) indique qu’avec 17 millions d’usagers, il est impératif de changer d’échelle : « on ne peut pas se contenter d’éco-quartiers, il y a une correction urbanistique à faire ». A Bordeaux, il a fallu changer la culture urbaine et revaloriser socialement l’image du vélo. Pour Michel Duchène, l’adjoint au maire, chargé de la prospective urbaine : « le vélo n’est pas un problème, il est la solution. La voiture est un problème qui n’est pas une solution. » Cependant, il ne faut pas pour autant éradiquer la voiture de nos villes mais retrouver un meilleur équilibre. En effet, la rue appartient à tous et n’est pas juste une séparation de trafic.

L’Allemagne, qui possède un plan national vélo depuis 2002, a aujourd’hui accepté le vélo comme un moyen de transport qui doit être pris au sérieux. L’intermodalité est pour eux un élément central de ce plan puisqu’il peut monter jusqu’à 10% dans certaines villes universitaires, grâce à un renforcement des mesures en faveur des cyclistes mais aussi à de nouvelles structures et à la création de réseaux entre les différents acteurs.

 

A la fin de la journée, le premier Plan national Vélo a été remis à Thierry Mariani, ministre chargé des Transports, qui a tenu à « saluer l’engagement du groupe de travail et de son président dans l’élaboration du plan national vélo. Ce plan, qui répond à une demande forte de l’ensemble des acteurs, permettra de guider l’action de l’Etat et de ses partenaires pour promouvoir une pratique accrue et plus sûre du vélo. »

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