Shanghai – Lille : où en sont Thibaut et son vélo électrique ?

Cela fait maintenant près de deux mois que Thibaut est parti pour une aventure extraordinaire : parcourir 13 000 km à vélo électrique, de Shanghai à Lille. Un article sur le blog lui avait été consacré. Après plus de 5 500 km parcourus, voici quelques nouvelles de Thibaut et de sa monture. Cette interview a été réalisée par Florian Bailly.

Thibaut tu es  arrivé à Kashgar, à l’extrême ouest de la Chine, que représente pour toi cette étape ? Au bout de cette traversée, quel visage de la Chine garderas-tu en tête ?

Seulement quelques jours après mon départ de Shanghai, j’ai réalisé que j’étais parti. J’ai alors ressenti une joie intense pour avoir rêvé longtemps cette aventure. Je n’ai pas quitté Shanghai sur un coup de tête, le projet Aventure Electrique a été réfléchi et préparé. Nous avons assemblé à l’usine le Watt’s Up pièce par pièce, remis en question chaque spécification, modifié et amélioré le prototype jusqu’au départ. Au cours de mes premiers jours de pédalage, c’est une liberté accompagnée de fierté qui me donne une sensation de victoire : le prototype fonctionne ! Mon  arrivée dans la mythique ville de Kashgar, carrefour de l’Asie Centrale mais surtout dernière  étape avant le passage de la frontière est accompagnée de beaucoup d’émotion. J’ai surmonté les dangers du trafic, la chaleur, les montagnes, les problèmes techniques et je m’apprête à quitter ce pays après y avoir vécu pendant 4 ans. Je n’aurai pu espérer avoir une meilleure image de la Chine ! Traverser d’Est en Ouest l’immensité de cette république populaire à vélo m’a conforté dans ma fascination pour la Chine et permis de mieux comprendre et admirer la culture Chinoise. Les superbes rencontres que j’ai faites au cours des 50 derniers jours me donnent l’impression d’appartenir à ce pays où je garde des images fortes de curiosité, de courage et d’un dynamisme à toute épreuve. Ma prochaine mission au sein du Groupe Mobivia devrait me permettre de retourner à Shanghai, j’ai déjà hâte!

D’un point de vue technique, es-tu content de ton vélo ? Te permet-il de réaliser les objectifs kilométriques que tu t’étais fixés ?

Un des objectifs du voyage est de tester le matériel que nous utilisons pour les produits vendus en France. C’est un bon moyen de pousser au maximum la résistance des pièces. Le résultat est pour le moment très concluant pour les pièces électriques (moteur, controleur, display, batteries), j’ai juste eu un problème d’assemblage sur une batterie. Le vélo est un prototype et il n’y a pas eu de contrôle qualité comme nous les effectuons en fin de ligne pour la production classique. Le Watt’s Up remplit parfaitement les objectifs que nous nous étions fixés, je les ai même réalisés avec deux batteries alors que nous en avions prévu trois. J’attends cette dernière pour me lancer à la conquête des hauts sommets Kirghiz.

Peux-tu nous dire précisément quelle est ta moyenne de km roulé par jours et ta vitesse kilométrique moyenne ?

Mes performances dépendent de plusieurs facteurs:

  • le dénivelé,
  • le vent,
  • l’état de la route,
  • le soleil (pour mon panneau),
  • ma forme physique,
  • l’absence de problème technique (crevaison…).

Aventure électrique est avant tout un défi technologique car avec le poids de mon équipement (environ 150 kg) il m’est très difficile de faire de bonnes performances sans assistance. Sur le parcours Chinois, j’ai roulé sur de bonnes routes avec un dénivelé raisonnable et la possibilité de recharger mes batteries sur secteur régulièrement, lorsque le soleil était au rendez-vous. J’ai réalisé une moyenne de 135 km par jour avec une moyenne de 20 km/h. Ça représente des journées de 7 heures de vélo.

On a pu voir sur ton blog que tu as connu quelques problèmes techniques. Lesquels ont été les plus sérieux ?

Avec mon peu d’expérience  en mécanique au  départ chaque problème  m’a paru insurmontable et puis j’ai beaucoup appris depuis et je sais maintenant qu’il y a presque toujours une solution et qu’on la trouve en gardant son calme et avec l’aide des habitants. Les challenges viennent surtout de la partie électrique. Hier, j’ai passé l’après-midi dans un petit shop qui répare les scooters dans la vieille ville de Kashgar. J’ai perdu la prise femelle de ma dynamo qui me permet de recharger en pédalant certains de mes appareils électroniques. On a soudé les parties et aujourd’hui ça fonctionne. Lorsque le câble d’une de mes batteries s’est dessoudé, j’ai fait appel à une stationservice : elle m’a secouru avec des câbles d’occasion ! J’ai pu dormir dans un bon lit le soir. Mon contrôleur de panneau solaire était un prototype réalisé uniquement pour moi. Impossible de le réparer lorsqu’il est tombé en panne. L’usine a depuis lancé une production sur ce modèle et je viens de recevoir un contrôleur neuf, trois fois plus petit ! Globalement j’ai peu à me plaindre de mon matériel et j’apprends à relativiser. Si j’avais voulu un voyage sans challenge technique, j’aurai pris l’avion!

On remarque que sur cette partie chinoise, riche en ville et donc en prises électriques, tu as finalement peu utilisé ton  panneau solaire. Comment fais-tu pour garder de l’autonomie pour de grandes distances dans ces conditions de recharge ?  Roules-tu souvent sans batterie ? Le poids de ton vélo le permet-il ou c’est un vrai effort de fou ?

Je  ne  te cache pas qu’il arrive parfois que j’ai envie de tout balancer ou de continuer avec un vélo classique mais le choix du vélo à assistance électrique solaire est un double défi qui me permet de me dépenser physiquement mais aussi d’apprendre beaucoup en électronique sur les composants et sur leurs fonctionnements. Mes plus grosses journées ont été 205 et 175 kms. Pour réaliser ces distances avec deux batteries il est indispensable de contrôler la sortie d’énergie. C’est possible grâce au display sur mon guidon qui me donne la consommation d’énergie en Watt. Je ralentis et utilise très peu d’assistance en montée où la consommation est très forte. Par contre sur le plat et en descente je débride  car elle est moins gourmande. Ça me permet d’avoir une bonne vitesse moyenne! Il ne faut pas oublier que le Watt’s Up n’est pas une mobylette électrique, je pédale 95% du temps et globalement le système électrique sert principalement à compenser le poids de l’équipement. Sur du plat ou sur un faible dénivelé je peux pédaler sans assistance même si c’est beaucoup plus éprouvant. Sur une montée cela devient vraiment difficile, heureusement cela n’arrive pas souvent!

La suite immédiate de ton périple s’annonce radicalement différente, avec les montagnes d’Asie centrales qui vont se dresser devant toi. Comment vis-tu cette  épreuve, mentalement et techniquement parlant ?

Tous les voyageurs que je rencontre me font un tableau noir de cette partie du voyage. Routes très mauvaises, très fort dénivelé avec plusieurs cols au-dessus de 4000m, peu de guesthouse… Bref, une véritable partie de plaisir! Mentalement je suis confiant, j’ai du temps, de la volonté, de l’énergie et un bon sourire qui m’aide beaucoup à demander de l’aide quand j’en ai besoin! J’ai hâte de reprendre la route pour me faire ma propre idée de la Palmyr Highway.Techniquement, j’ai passé beaucoup de temps à préparer le Watt’s Up. J’ai:

  • réparé le panneau solaire
  • réparé la dynamo
  • rajouté des pares-jupes sur la remorque pour éviter de recoudre  mes sacs de compression tous les jours
  • changé mes plaquettes de freins
  • je vais contrôler les câbles de mes batteries.

J’attends aussi une troisième batterie qui devrait beaucoup m’aider pour les cols.

On  a  cru comprendre que tu avais quelques bases de chinois, quid de tes capacités en russe ?

J’arrive assez bien à communiquer mes émotions, qu’elles soient bonnes ou moins bonnes, avec le mime, les expressions du visage et les quelques mots que je connais dans chaque langue, il est rare qu’on ne se comprenne pas. Bien sûr pour parler politique ou économie j’ai un peu du mal mais généralement quand mes interlocuteurs dévient sur ces sujets, ils s’aident de vodka pour me comprendre! J’ai aussi fait un échange standard de dictionnaire de poche avec des cyclistes qui viennent de Suisse!

Peux-tu nous préciser ton parcours exact par la suite ?

Je quitte la Chine par le Kirghizstan et passe très vite au Tadjikistan pour suivre la Palmyr Highway (M41) au nord de l’Afghanistan. Ensuite je vais faire un petit détour vers le centre ouest de l’Ouzbékistan pour visiter Samarkand et ensuite direction l’Iran en passant par le Turkménistan.

Enfin, en arrivant au bout de la Chine, est-ce que Lille commence à te paraitre à porté de vue ?

Grâce à votre soutien que je reçois quotidiennement, la France et Lille en particulier restent proche! Un grand merci à vous tous pour vos encouragements, vos nouvelles et votre soutien.

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